Wolfgang grandit



La découverte de l'Italie :


Wolfgang est désormais âgé de presque 14 ans. Léopold considère donc que ,pour parfaire l'éducation musicale de son fils, un voyage en Italie est nécessaire : l'Italie est le pays de la musique. Toutefois, seuls le père et le fils participeront MOZART au clavecin, Tableau de Duplessis à ce nouveau voyage, Anna-Maria et Nannerl resteront à la maison. Nannerl, alors âgée de 18 ans et bonne instrumentiste donnera des leçons de clavecin qui apporteront une aide sérieuse au budget familial.

Le départ a donc lieu le 10 ou 11 Décembre 1769. Dès le début, Wolfgang manifeste un sens de la langue italienne qui lui paraît naturel (Il signera souvent Amadeo et non Amadeus pendant ce voyage : en effet, ici débutent les premières correspondances de Wolfgang MOZART avec sa famille ). Le parcours commence par Vérone, où ils reçoivent un accueil chaleureux :Leopold MOZART

"Notre ville ne peut s'empêcher de proclamer les admirables facultés que possède l'enfant allemand M.Amadeus MOZART [...]Dans un cercle choisi d'habiles hommes de l'art, il a su d'abord exécuter une très belle ouverture de sa composition, qui a obtenu la plus complète approbation. Il a joué ensuite admirablement à première vue. [...]" (Gazette de Vérone, 9 Janvier 1770)

C 'est ainsi que le père et le fils reprennent leur chemin munis de lettres de recommandation. Puis ils passent par Mantoue où Wolfgang donne un autre concert. Milan est la prochaine étape. Ils atteignent la ville le 23 Janvier. Dès leur arrivée, le gouverneur général de la Lombardie, le comte Karl von Firmian, les prend sous sa protection.Wolfgang se produit souvent dans son palais et avec beaucoup de succès.

Enfin, ils s'en vont vers Florence et arrivent à Rome le 11 Avril. Les festivités de Pâques les y attendent. C'est à ce moment que se produit l'exploit très célèbre du jeune MOZART : la transcription, au retour d'un office à la chapelle Sixtine du "Miserere" d'Allegri. Ainsi, Léopold relate les faits dans une lettre à son épouse : Intérieur de la basilique Saint-Pierre de Rome, par Antonio Pannini. C'est là que MOZART , en1770, entendit le Miserere d'Allegri.

"Tu as peut-être entendu parler du Miserere de Rome, tellement célèbre,et qui est estimé à un tel prix qu'il est expressément défendu sous peine d'excommunication aux musiciens de la chapelle d'en sortir une partition hors de la chapelle, de le copier ou de le communiquer à qui que ce soit. Or nous le possédons déjà.Wolfgang l'a déjà écrit et nous l'aurions envoyé à Salzbourg dans cette lettre[...]Mais nous l'apporterons nous-même à la maison, parce que nous ne voulons pas laisser ce secret de Rome en d'autres mains, pour ne pas encourir directement ou indirectement les peines ecclésiastiques." (Léopold MOZART, 14 Avril 1770)

Naples est l' étape suivante. Si ce n'est la beauté du paysage, Naples et les Napolitains ne plaisent pas beaucoup à Wolfgang :

" [...]De Londres ou de Naples, pour ce qui est de l'impertinence du peuple, je ne sais pas si ce n'est pas Naples qui l'emporte finalement." ( MOZART, 19 Mai 1770)

Après avoir donné quelques concerts, et assisté à un opéra ("Armida abbandonata" de Jomelli), le père et le fils repartent pour Rome où le jeune Wolfgang va se voir remettre le titre de Chevalier de l'Eperon d'Or qui le place ainsi sur le même plan que Gluck, à la plus grande joie de Léopold. Mais jamais, au long de sa vie, Wolfgang ne songera à se glorifier de ce titre. Puis, après avoir été reçus par le pape (clément XIV), ils quittent Rome le 10 Juillet.

Quelques jours plus tard, le 20 Juillet, ils arrivent à Bologne où ils décident de passer les mois les plus chaud sous l'hospitalitéBologne, au milieu du 18ème siècle du comte Pallavicini. C'est dans une atmosphère calme et cultivée que Wolfgang se repose avant de s'attaquer au lourd travail qui l'attend : la composition de "Mitridate, Re di Ponto", opéra dont il vient de recevoir le livret de Milan. Cependant, ce que Bologne apporte de plus important aux MOZART est la fréquentation du Padre Martini.Le Padre Giovanni Martini (1705-1784), éminent musicologue, d'une érudition et d'un goût parfaits. Cet éminent musicologue italien, qui de surcroît était considéré comme le meilleur historien et théoricien de la musique en son temps, aura donc l'occasion de constater les admirables dons du petit Wolfgang. La Padre Martini entreprend alors de préparer Wolfgang à l'épreuve d'entrée à l'Académie philarmonique de Bologne, épreuve dont Wolfgang sort victorieux et qui provoque l'enthousiasme de Léopold :

"Tout le monde se mit à battre des mains à son entrée, et à lui présenter des félicitations, lorsque le Princeps Academiae eut annoncé au nom de la société qu'il était admis en son sein.[...]Tout le monde s'est étonné qu'il ait mis si peu de temps pour écrire son morceau, car il y en a beaucoup qui ont mis trois heures à composer sur une antienne de trois lignes"( Léopold, 20 Octobre 1770)

Les archives de l'académie sont, elles moins élogieuses :

"En moins d'une heure, M.MOZART a apporté son essai, qui, eu égard aux circonstances particulières, a été jugé suffisant."

Quelques jours plus tard, ils repartent pour Milan où la première de "Mitridate, Re Di Ponto" sera donnée avec un succès indéniable le 26 Décembre 1770. Puis père et fils repartent pour Salzbourg qu'ils atteignent le 28 Mars 1771 après s'être arrêtés pendant un mois à Venise. Cependant, après avoir passé la moitié de l'année à Salzbourg, Léopold décide d'entreprendre un second voyage en Italie. Le départ a lieu le 13 Août 1771.


Le second voyage :


Le 13 Août, Wolgang et son père s'en vont vers Milan. Wolfgang compose une Sérénade, "Ascanio in Alba" , dans une maison remplie de musiciens et chanteurs. Cet opéra, commandé par Milan, est destiné à l'une des soirées de réjouissances qui doivent célébrer, en Octobre 1771, le mariage de l'Archiduc Ferdinand et de la Princesse de Modène. La première de la pastorale , qui a lieu le 17 Octobre 1771, est un succès total si bien que l'opéra de Hasse, représenté au même moment passe quasiment inaperçu. Mais Hasse, ami de wolfgang, pourtant bien plus âgé que lui, ne gardera pas rigueur à Wolfgang de l'ombrage qu'il vient de lui porter. L'Impératrice, en guise de récompense, offre à Wolfgang une montre en or avec son portrait dans le boîtier. Bientôt, les MOZART font de nouveau route vers Salzbourg.

C'est le 16 Décembre qu'ils franchissent les portes de la ville. Ce jour est aussi celui du décès du prince-archevêque, Sigismond von Schrattenbach, défenseur des traditions de la musique allemande et qui avait autorisé les nombreuses absences du père et du fils Mozart, alors à son service. Le comte Hieronymus von Colloredo (1732-1812), prince-archevêque de Salzbourg à partir de 1772.

Ce n'est que l'année suivante que l'élection du successeur est organisée : le comte Hieronymus von Colloredo, partisan de la philosophie des Lumières, "l'Aufklärung", qui connaît assez bien la musique. Mais c'est un être fier, méprisant, qui est intransigeant quant à l'obéissance de ses serviteurs, chose qui entraînera ses rapports très conflictuels La cathédrale de Salzbourg avec Wolfgang et qui sera, entre autre, à l'origine de la haine de Wolgang pour sa ville natale. Pour les cérémonies, Wolfgang compose "Il Sogno di Scipione", Sérénade en un acte. Les espoirs de Leopold de devenir Kapellmeister seront vains car Colloredo engagera, pour ce titre, un Italien. Par contre, Wolfgang, lui, est titularisé dans son poste de Konzertmeister et reçoit des honoraires de 150 florins. Pendant cette même année, Wolfgang composera huit "Symphonies".

Arrive le mois d'Octobre, qui sera de nouveau marqué par un troisième voyage en Italie pour le père et le fils et que Colloredo consent à accepter. En effet, Wolfgang se voit attribué la commande d'un nouvel opéra : "Lucio Silla".


La dernière fois que Wolfgang verra l'Italie :


Le départ a lieu le 24 Octobre et le 4 Novembre, ils sont à Milan. Wolfgang travail beaucoup et comme il l'écrit à sa soeur, il n'a pas une minute de repos :

"J'ai encore quatorze morceaux à composer, et alors j'aurai fini[...]Il m'est impossible de beaucoup t'écrire parce que je ne sais rien, et deuxièmement parce que je ne sais pas ce que je t'écris; en ce moment toutes mes idées vont seulement et toujours vers mon opéra, et je cours le danger de t'écrire, à toi, au lieu de mots, toute une aria."(Wolfgang, le 5 Décembre 1772)

Le 18 décembre , l'opéra est terminé et la première a lieu le 26 Décembre, après un Noël joyeusement fêté. Mais le succès de la représentation n'atteint pas celui qu'avait eu "Mitridate". Mais d'après Léopold, l'opéra est un succès , malgré quelques incidents et sera représenté une vingtaine de fois à Milan. En fait, cet opéra a reçu un honorable succès mais désormais, il semble que le charme de l'enfant prodige n'opère plus aux yeux des Italiens.

De son côté , Léopold tente d'obtenir un poste à son fils en Italie mais ses tentatives resteront vaines. Ils se résoudront donc, en Mars 1773, à regagner Salzbourg (Le 13 Mars ).


Sous le joug de Colloredo :


Wolfgang a maintenant 17 ans. Il reprend son service auprès de l'archevêque, en temps que Konzertmeister, c'est à dire qu'il est chargé de fournir des oeuvres nouvelles La cathédrale de Salzbourg pour les fêtes et les cérémonies religieuses. Mais ceci l'oblige à se plier à certaines formes musicales alors que, à ce moment, ses goûts et ses désirs prennent une forme plus personnelle et réfléchie.

Juste après le retour d'Italie, les Mozart quittent la maison de la Getreidegasse. Ils s'installent dans un appartement plus vaste, au n°8 du Markatplatz. Wolfgang continue de composer les commandes qui lui ont été passées à Milan : des Divertimentos, des Ouvertures. Il écrit une "Messe de la Sainte Trinité pour la Cathédrale de Salzbourg en Juin. C'est alors qu'arrive le mois de congé pour les musiciens au service du prince-archevêque et Léopold décide sur le champ d'emmener Wolfgang dans la capitale autrichienne.Le château de Schönbrunn

Ils atteignent Vienne à la mi-Juillet. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, par Martin de Meytens le JeuneUne audience de l'impératrice plutôt décevante fait perdre à Léopold tout espoir de voir son fils engagé à la cour impériale :

"Sa Majesté l'impératrice fut des plus aimables avec nous seulement ce fut tout" (Léopold, le 12 Août 1773) .

Pendant leur séjour à Vienne, Wolfgang écrira, coup sur coup, six nouveaux Quatuors à cordes.

Les voici de nouveau sur le chemin qui mène à Salzbourg (30 septembre). Ce voyage est un échec non seulement du point de vue financier (contraction de dettes), mais aussi dans les espoirs d'une situation à la cour. Toutefois, Léopold affirme sa volonté de gloire et de bonheur pour son fils:

"La chose changera et il faut qu'elle change. Sois tranquille, porte-toi bien, Dieu nous aidera." (Léopold, Lettre à sa femme, le 21 Août 1773) .

Pendant ce temps, Wolfgang continue de composer, notamment la musique d'un drame héroique "Thamos, König in Aegypten", qui lui a été commandée par le Baron von Gebler, ami de la famille Mesmer, à Vienne. Celui-ci est Franc-Maçon. Il va de soi que pour ce jeune homme de 17 ans qu'est Wolfgang, ce contact avec la Franc-Maçonnerie importera beaucoup par la suite.

Wolfgang se plonge dans la création : il compose son premier "Quintette à cordes", son premier "Concerto pour piano" et trois "Symphonies".

Puis l'été se passe ... Wolfgang commence l'apprentissage de la domesticité au service de l'archevêque. Mais bientôt arrive, en même temps que l'automne, une heureuse nouvelle : la commande d'un opéra-buffa pour le carnaval suivant, à la cour de Munich, par l'Electeur de Bavière, Maximilien III. Il s'agit de la Finta Giardiniera. Colloredo ne peut refuser le congé de Wolfgang devant le demande d'un prince voisin et ami.

C'est donc à Munich que Wolfgang se rend et compose la musique de l'opéra. Le château de Nymphenburg à Munich, (1761) de Bernardo Bellotto.Il est représenté pour la première fois le 13 Janvier 1775 à Munich et connaît un franc succès :

"Dieu soit loué ! Mon opéra est monté, hier 13, in scena, et ce fut un telle réussite qu'il m'est impossible d'en écrire à maman tout le tumulte. D'abord, le théâtre tout entier était tellement bondé que beaucoup de gens furent obligés de s'en retourner. Après chacunes des arias ce fut chaque fois une terrible tempête d'applaudissements et de cris : Viva Maestro[...] Après que l'opéra fut terminé, et pendant le moment de repos qui le sépare du ballet, ce furent encore de applaudissements et des bravos sans fin[...]" (Wolfgang, lettre à sa mère, le 14 Janvier 1775)

Léopold, lui, qui affiche un mépris pour le prince-archevêque de Salzbourg, notamment parce que celui-ci ne lui a pas offert le poste qu'il attendait tant (Kapellmeister)relate, avec aigreur, le fait que Colloredo est passé à Munich mais n'a pas assisté à la première de l'opéra , dans une lettre à sa femme :

"Imagine-toi dans quel embarras s'est trouvé Son Altesse, quand il a fallu entendre toutes les louanges de l'ensemble de l'entourage de l'électeur, et de toute la noblesse sur l'opéra, et recevoir tous les voeux de bonheur que tous lui adressaient avec beaucouop de solennité. Il était tellemnet embarrassé qu'il ne pouvait littéralemnt répondre qu'en haussant les épaules et en hochant la tête[...]" (Léopold, Lettre à sa femme, le 18 Janvier 1775)

Wolfgang s'amuse au carnaval, participe à tous les bals et ne manque pas une fête. Au milieu de ces réjouissances, les Munichois organisent à l'intention de Wolfgang un tournoi où il se mesure au piano ou au clavecin avec le capitaine von Beecké. Les admirables déchiffrages qu'effectue le jeune compositeur sont relatés par les critiques qui louent la perfection du jeu de Beecké:

"M.Mozart joue mes choses les plus difficiles à livre ouvert. Pourtant, Beecklé le surpasse de loin[...]" (Schubart, Deutsche Chronik,1776)

Wolfgang ne semble donc apparaître que comme un musicien doué parmi tant d'autres comme le pensait déjà Colloredo.

Les Mozart refont route vers Salzbourg dès le 6 Mars et atteignent la ville le 7.Salzbourg vers 1730

Un mois plus tard de nouvelles festivités se préparent à Salzbourg : la réception de l'Archiduc Maximilien, dernier fils de Marie-thérèse. Colloredo commande à wolfgang une "fête théâtrale" : "Il Re Pastore" sur un livret de Métastase. Pietro Metastasio (1698-1782)Le 23 Avril, a lieu la première représenation dont on ne connaît pas les effets sur la population par manque de documents. Mais Wolfgang continue de donner des concerts et se fait entendre sur diverses improvisations.

Toutefois, une mauvaise nouvelle va clore la dernière année avant ses vingt ans. Celle de la fermeture, ordonnée par le prince-archevêque, du Théâtre princier, par mesure d'économie. Cet évènement ferme à Wolfgang Mozart la seule possibilité qu'il avait d'écrire pour la scène, tout en restant au service de son maître. Ainsi les possibilités musicales pour le jeune compositeur se trouvent encore rétrécies d'autant plus qu'en cette fin d'année, personne ne lui amène de commande.



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